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Le Département de NEAMŢ - Roberte LIENARD  

 

Galerie Photos

 

 

Situé dans la partie Centre-Est de la Roumanie, en Moldavie « de mijloc (du milieu) », le département de NEAMŢ a une superficie de 5896 km2 (2,50% du territoire roumain).

Il englobe deux municipalités : PIATRA NEAMŢ, chef-lieu du département et ROMAN ; trois villes : TÂRGU NEAMŢ, BICAZ et ROZNOV ; septante-six communes et trois cent quarante-sept villages.

 

PIATRA NEAMŢ est l’antique PETRODAVA (IIe s. avant J-C – Ier s. après J-C)  et regorge de vestiges daces, d’une population qui habitait ces lieux avant l’arrivée des Romains. C’est aussi  l’ancienne cour princière d’Etienne le Grand (XVe s.) On peut y voir encore les vestiges des fortifications : l’église (1498) et la tour Ştefan cel Mare (1499), symbole de la ville. Celle-ci comporte plusieurs musées : de Cucuteni, d’ethnographie, d’histoire et d’archéologie, des arts, le musée mémorial de Calistrat HOGAŞ (1847-1917), - grand écrivain dont l’une des œuvres principales est « Sur les chemins des montagnes » où il décrit les monts du Neamţ et les endroits insolites de la région -, le théâtre de la jeunesse et la bibliothèque départementale G.T. Kirileanu. C’est de cette ville que l’alpiniste Constantin LACATUSU est parti pour conquérir l’Everest. En effet, il est le premier Roumain à avoir atteint son sommet, sans sherpa, lors d’une expédition internationale (mai 1995). Le peintre surréaliste français d’origine juive roumaine Victor BRAUNER (1903-1966) est né à Piatra Neamţ.

 

ROMAN, au confluent du Siret et de la Moldova, a été fondée à l’époque de l’invasion de la Dacie par les Romains durant le règne de l’empereur Trajan (affirmation du prince moldave Dimitri Cantemir). Roman a été une importante cité médiévale. Le voïvode Roman Ier Muşat (1392-1394) a donné son nom à la ville. C’était une cité à destination défensive mais aussi une cité de commerçants et d’artisans. En 1408, le prince Alexandre cel Bun crée une éparchie et la ville prend une grande importance administrative, politique et militaire. Celui-ci, durant son règne fit ériger sur le bord du Siret, une cité de pierre avec fortifications qui remplacèrent les murs de terre qui existaient. Au XVIe s., le prince régnant Petru Rareş fait bâtir la cathédrale. En 1675, la ville sera détruite par Dumitraşcu Cantacuzino. Malgré toutes les guerres, Roman redevient aux XVIIe et XIXe s. un centre très important du commerce. En 1927, meurt à Paris le prince Constantin Cantacuzino Pascanu, une des plus grosses fortunes du pays. Il lègue celle-ci à la ville de Roman où il est enterré. Le complexe épiscopal de Roman et l’église arménienne sont intéressants à visiter.

 

La ville de TÂRGU NEAMŢ et la Citadelle Neamţ sont citées dans des documents qui datent du règne de Petru Ier Muşat (1387-1392). Avec le temps, les fortifications bâties sous celui-ci deviennent une cité fortifiée invincible. Sous Etienne le Grand, elle représente un très important fort de défense contre les Ottomans et l’on bâtit le grand pont en pierre avec ses onze piliers. Aux environs de 1400, la ville de Târgu Neamţ est un gros bourg, lieu de douane pour les vendeurs de bétails et un centre d’artisanat et de commerce. Au XIXe s. un très grand marché appelé « iarmaroc (foire)» s’y développe. Ion CREANGA (1839-1889), le célèbre conteur classique de la littérature roumaine, né à HUMULEŞTI, village banlieue de Târgu Neamţ où l’on peut visiter sa maison natale, a décrit cet endroit pittoresque dans son livre « Souvenir d’enfance ». Dans la ville, une visite au musée d’histoire et d’ethnographie ainsi que le musée mémorial de la poétesse Veronica MICLE s’imposent.

A quelques kilomètres de Târgu Neamţ, le musée Nicolae POPA, sculpteur, créateur de masques et de costumes folkloriques vous invite.

 

 

Un espace naturel varié

 

Le département de NEAMŢ compte 554 516 habitants (recensement de 2002) dont plus de la moitié habitent dans les campagnes. Toutes les formes de reliefs y représentent la Roumanie : des montagnes, des collines, des plaines, des prairies et des rivières (Bistriţa, Ozana, Cracău, Siret, Moldova, etc.). Trois lacs artificiels ont de multiples utilisations : hydroénergétiques, réserves d’eau, irrigations et aussi loisirs). Le plus important, de plus de 30 kilomètres de long, est le Bicaz Izvorul Muntelui. Ce dernier est un lac d’accumulation formé par la rivière Bistriţa, long de 35 km, derrière un barrage de 120 m de hauteur.

 

De toutes les Carpates Orientales, le massif de CEAHLĂU est le plus imposant ensemble montagneux. Il s’étale sur 17 200 ha. Ses deux sommets principaux sont Ocolaşu Mare (1907 m), et Toaca (1900 m). L’accessibilité de ses itinéraires et les nombreuses légendes populaires (la légende de Dochia, de la tour Butu, etc.) qui l’entourent sont une source d’inspiration constante pour les écrivains et les cinéastes.

On y rencontre une flore très riche : plus ou moins 1100 variétés d’espèces florales : l’edelweiss, le sabot-de-Vénus (orchidée), la nigretella rubra, le pin laricio, le mélèze, etc.

La faune est très diversifiée (90 espèces d’oiseaux et mammifères) : le chamois ou antilope des montagnes, le cerf des Carpates, la martre, le lynx, l’ours brun, le sanglier, le chevreuil, le coq de bruyère ou tétras, l’aigle impérial, le corbeau, le paillon des rochers, etc. A VÂNĂTORI, dans un superbe bois de chênes, se trouve une réserve d’aurochs ou bisons. Ceux-ci furent la gloire des forêts mais la chasse irrationnelle durant le XVIIIe s. les a fait disparaître.

 

DURĂU (800 m d’altitude) au pied du versant nord du massif de CEAHLĂU est la principale station climatique et de sport d’hiver de Moldavie. La ville doit son nom à la cascade Duruitoarea. La « fête du Ceahlău », manifestation folklorique nationale, y rassemble chaque année, des costumes, des danses et des chants de tout le pays.

 

BĂLŢĂTEŞTI est une petite station balnéaire dont les eaux de qualité traitent les affections rhumatismales, respiratoires, gynécologiques, digestives et de l’appareil locomoteur.

 

Les GORGES grandioses DU BICAZ, Cheile Bicazului (880-800 m d’altitude), long défilé de 8 km qui serpente le long du Bicaz aux eaux tumultueuses, font la liaison entre la Moldavie et la Transylvanie. Leurs falaises élancées sont très impressionnantes.

 

Le LACU ROŞU (Lac Rouge) est une fameuse station (970-890m) située dans la vallée du Bicaz. Elle est recherchée par les touristes, les randonneurs et les skieurs pour ses sites remarquables au pied du Mont Suhard, de Surduc, etc. Le lac a une superficie de 12,6 ha et une profondeur de 10,5 m. Sa surface rougeâtre est due aux nombreux ruisseaux ferrugineux qui s’y jettent et est percée par les troncs des chênes et des sapins pétrifiés par les sels.

 
 

De nombreux monastères

 

Situés au milieu de magnifiques paysages, de nombreux édifices cultuels, les MONASTERES, symboles de la foi chrétienne orthodoxe, abritent des trésors inestimables : des objets précieux et des vêtements de culte, des icônes, des reliques, des peintures de grande valeur, etc.

Je citerai entre autres :

 

NEAMŢ (XIVe – XVe s.) : un ermitage existait déjà au XIIIe s. Plus tard, on bâtit un monastère à cet endroit. La tour-clocher a été érigée sous le règne du prince Alexandre le Bon, au début du XVe s. L’église actuelle a été élevée sous le prince Etienne le Grand entre 1485 et 1497. Dès le XVe s., une école célèbre de calligraphes miniaturistes (dont le célèbre moine Gavril Ulrich, les deux chroniqueurs Macarie et Eftimie) voit le jour. Au début du XVIIe s. fût installée une typographie et, au XIXe s., une imprimerie s’y développe. Le monastère abrite une bibliothèque (vers 1407, une des plus ancienne du pays) riche de 18 000 livres rares, de manuscrits exceptionnels.

 

 

AGAPIA est d’origine très ancienne. Au XIVe s. s’élevait déjà sur la colline, au milieu d’un bois, un ermitage. La nouvelle Agapia fût bâtie dans la vallée en 1642-1647 par le boyard Gavriil, frère du voïvode Vasile Lupu. En 1803, le monastère devient couvent. L’église fût rénovée complètement au milieu du XIXe s.

Les peintures murales intérieures furent réalisées par le peintre Nicolas Grigorescu (1858-1862). Dans le village du monastère, on peut visiter la maison-musée de l’écrivain Alexandru VLAHUŢĂ (1858-1919).

Environ cinq cents religieuses vivent dans de coquettes maisonnettes, autour du monastère.

 

Non loin de là, sur l’emplacement d’un ermitage (vers 1560), a été érigé le monastère de SECU par le boyard Nestor Ureche, père du célèbre chroniqueur, en 1602.

Un peu plus loin que Secu, se trouve le monastère de SIHĂSTRIA, fondé vers 1650 et qui a reçu une nouvelle église de l’évêque Ghedeon de Roman, en 1734. Celle-ci fût reconstruite en 1825, après le combat entre les Turcs et les membres de la Hétairie.

 

Près de cet endroit, on peut visiter l’ermitage de SIHLA, avec son église en bois (1813) et la grotte de Saint Théodore (XVIIIe s.).

 

VARATEC a été construit (1785) sur les fondations d’un édifice datant de 1580 et reconstruit en 1808. A proximité, se trouvent deux magnifiques réserves forestières : « les bois d’airain » et « la forêt d’argent » dont parle le poète Mihail EMINESCU dans son poème « Călin » :

 

« De treci codrii de aramă, de departe vezi albind

   Ş-auzi mândra glăsuire a pădurii de argint » 

(Si tu franchis le bois d’airain, tu verras, au lointain, et entendras la belle voix de la forêt d’argent)

 

C’est au monastère de Varatec que l’on peut se recueillir sur la tombe de marbre blanc de la poétesse Veronica MICLE qui s’y retira en 1886 et y mourut en 1889.

 

Le monastère de DURĂU se trouve au pied du Mont Ceahlău, à une heure de la cascade de Duruitoarea qui lui a donné son nom. L’ermitage de Durău est déjà mentionné en 1600. L’église actuelle date de 1835.

 

BISTRIŢA : avant 1400, Pierre Ier Muşat a fait bâtir un ermitage en bois. Sur ses fondations, Alexandre le Bon y fait construire un monastère. Etienne le Grand y fait ajouter un campanule (1498) à deux cloches (qui existent toujours), une sacristie et une Maison voïvodale. Petru Rareş fait rénover l’enceinte, la tour d’entrée et fait ériger une Ecole voïvodale (après 1541).

 

Je pourrais encore citer les monastères de… PANGARATI au pied du mont Paru. Une communauté monacale y existait déjà sous Etienne le Grand. Le monastère actuel date de 1564 ; TAZLĂU, entouré de remparts crénelés et de tours, construit sous Etienne le Grand entre 1496 et 1497 ; TARCĂU, bâti dans la dépression du Tarcău avec son église en bois (1833). Et bien d’autres encore…

 

 

Histoire et tourisme

 

Le Neamţ possède de précieuses racines historiques. Il y a quelque 6 000 ans, se développait la culture très raffinée de CUCUTENI, une des plus brillantes cultures néolithiques d’Europe.

Les habitants, cultivateurs et éleveurs de bétail, vivaient dans des sites fortifiés. Ils avaient de grands fours pour se chauffer et pour cuisiner. Ils réalisaient de superbes céramiques de formes diverses et décorées de motifs stylisés. La « ronde de Frumuşica » (IIIe s. av. J-C) qui se trouve au musée d’archéologie de Piatra Neamţ en est un superbe exemplaire. Ce vase en céramique peinte, de 60 cm de haut, est composé par les corps de six femmes qui se touchent par les épaules et forment une ronde (hora).

Près de la colline de Colza, les fouilles de Bâtca Doamnei (Piatra Neamţ) ont mis au jour des vestiges de l’époque dace du Ier s. av. J-C. Pedrodava, devenue plus tard Piatra Neamţ, était un très grand centre de la Dacie.

Au Moyen Age, il existait déjà des cités bien stables comme Târgu Neamţ.

Aux XVe – XVIe s., les Ottomans et les Tatars seront combattus vaillamment par les voïvodes Petru Ier Muşat, Alexandre le Bon, Etienne le Grand, Petru Rareş, Alexandru Lăpuşneanu, Ion Vodă le Brave. Ils ont édifié de puissantes cités (Târgu Neamţ) qui ont bien résisté aux attaques, y compris celle du Sultan Mahommed II en 1476. Ces voïvodes bâtissent ainsi leurs cours voïvodales (Piatra Neamţ), des églises imposantes et des Maisons princières dans l’enceinte des monastères (Bistriţa).

 

De tout temps, l’industrie du bois a été très développée dans le judeţ de Neamţ (actuellement encore on y trouve deux usines de papier et de carton). En effet, le bois est présent partout. Il est même exporté. Actuellement, on trouve aussi des manufactures de prêt à porter, des usines de confection de costumes et de vêtements de sport.

La production agricole assure le nécessaire pour l’alimentation de la population du département.

 

Le judeţ de Neamţ est très riche en folklore, en édifices culturels, en réserves naturelles (parc national de Ceahlău, les gorges du Bicaz et de Şugău, la réserve de Vânători, la chênaie de Dumbrava, etc.) qui méritent une longue visite.

Il a donc un immense potentiel touristique et toutes les conditions idéales pour tous les sports d’été et d’hiver: chasse, pêche, randonnées en montagnes, escalades, spéléologie (grottes de Munticel, de Toşorog, etc.), parapente, rafting sur la Bistriţa, ski, etc.

 

La GASTRONOMIE est saine et très variée : ciorba, ghiveci, sarmale, mamaliga, mititei ou mici, tocana, etc. sans oublier le cozonac, dessert traditionnel des fêtes. Tout ça, accompagné de ţuică  et de palinka, de bons vins et d’afinată, liqueur de myrtilles.

 

Et par dessus tout cela… l’incomparable chaleur de l’accueil.